Dissertation Sur La Philosophie Et La Science Des

Bonne copie d'élève : "Nous ne connaissons des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes"(TL)

Note obtenue : 13.5/20

 

Commentaire général : C’est très savant. Mais je dirais aussi, hélas, TROP savant ! Tu as trop exposé ce que tu savais, et pas assez questionné. Au bout du compte, tu oublies un peu le sujet (relis-toi : n’oublies-tu pas d’y répondre de façon précise ?). Il n’y a pas d’évolution véritable : le plan est trop répétitif. Je pense que ce problème vient à la fois du « trop » de connaissances, que tu voulais à tout prix « caser », et du manque d’analyse de la formule du sujet. Tu as ainsi oublié et la problématique, et l’enjeu (notamment, tu aurais dû te demander : qu’est-ce qui se passe, si on répond oui à la question ? est-ce que ça veut dire que la connaissance n’est jamais « objective », et donc, que l’homme est incapable de connaître ? etc. ). Peut mieux faire ! Ne te laisse pas emporter par tes connaissances !


 

Introduction

Notre époque a vu s’effondrer toutes ses certitudes. A l’enseignement religieux, guide moral pendant plusieurs siècles, à l’optimisme marxiste et ses promesses rédemptrices, à la foi dans le progrès industriel qui affranchirait l’homme de sa misère, notre temps a substitué le doute. En cette « ère des soupçons » toute idéologie en vaut une autre, aucune église ne peut se prétendre supérieure à ses rivales, et les différentes écoles dites des « sciences humaines » débitent leurs travaux en un défilé cacophonique de théories qui se contredisent les unes les autres sans convaincre personne. Toute pensée philosophique n’est plus qu’un courant intellectuel à la mode qui, à peine a-t-elle fait son entrée sur l’agora, que l’on attend déjà son successeur avec la lassitude des vieux qui en ont vues d’autres (attention au style : relis-toi). Si donc (lien logique avec ce qui précède ? pourquoi parler de ça comme si ça découlait de ce qui précède ? –en plus, tu n’en parleras plus par la suite…) toute vérité de ce qui était autrefois l’indubitable raison a sa genèse dans une irrationnelle volonté de puissance ou dans un désir sexuel refoulé également irrationnel, on peut comprendre la tentation de tourner le dos à la philosophie et de lui préférer la connaissance plus modeste des physiciens et des ingénieurs (pourquoi cette critique de l’élaboration des connaissances ne vaudrait-elle que de la philo ? –tu aurais pu exploiter cette thèse par la suite, si tu avais dégagé un enjeu : ainsi, tu aurais pu montrer que l’on peut critiquer toute connaissance, en tant qu’elle est issue de quelque chose de subjectif… Vraiment, ça fait mauvais effet d’aborder une thèse, surtout si importante, dans l’intro, et de ne pas y revenir). Déjà Locke et Hume s’en prenaient à toute prétention métaphysique : nous ne pouvons tenir un discours sensé et solide que sur les choses empiriques. En conséquence tenons-nous en à ce que nous pouvons connaître et taisons le reste (on ne te suit pas : pourquoi parles-tu de métaphysique ? le sujet porte sur la connaissance en général ! analyse d’abord la formule/ l’énoncé du sujet –ce que tu savais bien faire jusqu’alors !). Toutefois la connaissance même des objet les plus ordinaires résiste-t-elle à l’analyse critique ? (bonne question ; enfin, tu en viens au sujet !) L’objet de la connaissance, que ce soit la connaissance du common sense empiriste ou celle plus sophistiquée de la science moderne, n’est pas indépendant du sujet connaissant (mais c’est une question, un problème, même : ici, tu affirmes déjà ce qu’il aurait fallu questionner). Au contraire nous soupçonnons avec Kant que « nous ne connaissons des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes ». (il fallait donc commencer par là) Il convient alors de se poser trois questions : en quoi la thèse de Locke sur la connaissance n’est-elle pas tenable ? Si nous ne connaissons de la chose que ce qui vient de nous-mêmes, que mettons-nous alors dans celle-ci pour en faire l’objet d’une connaissance ? Finalement quant est-il alors de l’objet de connaissance scientifique ? (questions pertinentes ; mais attention, ça fait quand même trop « histoire de la philo » ; en plus, on ne sait pas en quoi consiste la thèse de Locke, et donc, pourquoi tu en parles ! Est-ce parce que ce qu’il dit rejoint le sens commun ?)

Commentaire général sur l'introduction :
- tu ne vas pas droit au but (cf. toute la moitié de ton intro) ; on ne sait pas pourquoi, au bout du compte, tu parles de métaphysique, avant d’en venir à la formule que tu devais analyser; d’ailleurs, tu vois bien que le sujet ne porte pas sur la métaphysique, puisque tu n’y reviens pas dans ton devoir (tu aurais par contrer pu en parler en disant que tout projet métaphysique croit qu’il est possible de connaître le monde tel qu’il est)
- je te conseille donc d’être plus « modeste » : c’est-à-dire, de commencer directement par l’analyse du sujet

Des profs de philo ont planché comme vous toute la matinée du 18 juin sur les sujets du bac philo. Découvrez ici le fruit de leur réflexion...

Corrigé réalisé par Benjamin Derbez, professeur de philosophie.

Introduction
Nous avons spontanément tendance à penser que les sciences sont la source unique d'accès à des connaissances vraies de manière assurée. Bien sûr, il existe bien, au sein de chaque science particulière (science de la Nature ou science humaine) des questions auxquelles aucune réponse certaine n'est actuellement apportée. Quelle est l'origine de l'univers ? Comment la vie est-t-elle apparue sur Terre ? Ces questions sont toujours en débat au sein de la communauté scientifique. Néanmoins, nous pensons que le progrès scientifique nous permettra d'y répondre tôt ou tard, de sorte qu'un jour, toute question pourra recevoir une réponse scientifique, c'est-à-dire démontrée ou prouvée.
Cependant, n'existe-t-il pas des questions qui échappent par nature au pouvoir d'investigation scientifique ? Certaines questions ne se posent-elles pas à nous dont les réponses ne sauraient relever du régime de la preuve ou de la démonstration ? Les questions métaphysiques, concernant l'existence de Dieu ou l'immortalité de l'âme sont-elles justiciables des mêmes modes de connaissance que la Nature ou le comportement social humain ? Nous nous demanderons donc si la science a le monopole des réponses aux questions qui se posent à l'Homme ou si certaines questions ne sauraient recevoir une réponse de type scientifique.
Pour cela nous nous interrogerons d'abord sur l'idéal classique d'une science universelle, puis nous analyserons les limites de cet idéal qui fait de la science le modèle de toute connaissance vraie, afin, dans un dernier temps, de nous interroger sur les manières non scientifiques mais légitimes de répondre à certaines questions métaphysiques ou existentielles.

1- Les sciences sont-elles l'unique mode de réponse aux questions que l'Homme se pose ?
a) Partons de l'idée commune selon laquelle la pensée scientifique est le seul moyen d'atteindre des connaissances vraies. Bien sûr, il est toujours possible de donner une réponse à toute question. Mais encore faut-il que cette réponse soit correcte, valide, vraie, c'est-à-dire acceptable pour tous les esprits qui l'examinent, et non pas une simple opinion. Qu'est-ce donc, que répondre à une question de manière scientifique ? Il s'agit d'utiliser des méthodes sûres d'accès à une vérité que sont la démonstration et la preuve expérimentale. Moyennant l'utilisation de ces méthodes, la vérité d'une connaissance est garantie, établie, la réponse obtenue est de l'ordre de la certitude.


b) La démonstration est un processus de l'esprit rationnel qui permet de s'assurer de la vérité d'une idée par la liaison déductive établie avec d'autres idées mieux connues. Aristote la définit ainsi : « un discours dans lequel certaines choses étant posées, quelque chose d'autre s'en suit nécessairement. » (Analytiques I). Une vérité démontrée est nécessaire car déduite logiquement d'autres vérités qui la fondent. Le syllogisme est la forme canonique de la démonstration étudiée par Aristote. La science où les démonstrations sont les plus parfaites sont les sciences formelles, logique et mathématiques.


c) La puissance de conviction de la démonstration a conduit les penseurs modernes à vouloir l'ériger en modèle de toute science. Ainsi, on la retrouve au niveau des sciences expérimentales. En effet, les sciences de la nature tentent de déduire la connaissance de certains événements à partir de lois de la nature qu'elles ont établies grâce à l'expérimentation inductive. Mais les penseurs modernes ont également tenu pour possible de répondre de manière scientifique aux questions métaphysiques, d'ordinaire réservées à la méditation philosophique et à la religion, concernant des objets inaccessibles à l'expérience sensible (Dieu, l'âme, la liberté). L'idéal d'une métaphysique scientifique se retrouve ainsi chez Descartes par exemple, dans l'usage qu'il fait de la preuve ontologique de l'existence de Dieu. Preuve, a priori, qui ne met pas en jeu une expérience de la divinité et qui s'appuie uniquement sur le raisonnement démonstratif à partir du concept de Dieu. Dieu étant défini comme l'être souverainement parfait, il serait moins parfait s'il n'existait pas, donc, l'être souverainement parfait ne peut pas ne pas exister.
Cependant peut-on se satisfaire de cette vision impérialiste du mode de connaissance scientifique ?

2- La connaissance scientifique est-elle sans limites ?


a) Le projet d'une science métaphysique a rapidement été contesté. Naturellement d'abord par les philosophes sceptiques. Hume, par exemple, a remis en cause le cogito cartésien en montrant que la conscience ne donnait nullement accès à un moi intérieur unifié. Réveillé dans son « sommeil dogmatique » par les analyses huminennes, Kant a cherché, dans la Critique de la raison pure à établir les limites du pouvoir de connaître de l'entendement seul, c'est-à-dire, hors de l'appui de l'expérience sensible. Dans l'un de ses textes il en vient ainsi à critiquer les tentatives rationalistes pour prouver l'existence de Dieu. Selon lui, on ne saurait déduire une existence d'une essence. Ainsi, il est impossible de prouver, ni l'existence de Dieu, ni son inexistence. Les questions que l'on se pose au sujet des objets métaphysiques ne sont pas susceptibles d'obtenir une réponse de type scientifique.


b) Le positivisme scientifique s'est ainsi construit sur l'idée que la science ne pouvait apporter des réponses qu'en ce qui concerne des objets d'expérience possible, des faits. Pour Auguste Comte dans son Cours de philosophie positive, la science doit se contenter d'expliquer « comment » les phénomènes naturels et humains se produisent et ne jamais chercher à donner réponse à la question « pourquoi » ils se produisent ainsi et pas autrement, ce qui relève d'une interrogation métaphysique.
c) Cependant, faut-il pour autant renoncer à s'interroger sur les grandes questions métaphysiques ? Le fait qu'elles ne soient pas justiciables d'une réponse de type scientifique, démontrée ou prouvée par l'expérience, les rend-elles nulles et non avenue ?

3- En quoi est-il nécessaire de penser les questions qui n'ont pas de réponse scientifique ?


a) Kant, ayant établi les limites du pouvoir de connaître de la raison humaine et interdit le domaine métaphysique à son investigation, n'est pas pour le fossoyeur de la métaphysique. Au contraire, il s'estime l'avoir sauvé. En effet, s'il n'est pas possible effectivement d'établir un savoir, de connaître ce qu'il en est des objets métaphysiques (l'âme humaine est-elle immortelle, Dieu existe-t-il, l'Homme est-il libre ?), il est néanmoins capital de les penser. Autrement dit, il faut distinguer le domaine des questions simples, auxquelles on peut espérer trouver une réponse unique vraie, et les problèmes, qui, selon la définition d'Aristote, sont « les questions au sujet desquelles il existe des raisonnements contraires ». Ainsi, il existe des objets au sujet desquels nos questions sont essentiellement problématiques, au sens où on ne peut espérer leur donner une réponse simple et exclusive. Les objets métaphysiques sont de ceux-là. Mais si on ne peut espérer obtenir une certitude scientifique à leur égard, il n'empêche qu'il est nécessaire de les penser, de les méditer.


b) Cela est nécessaire notamment du point de vue pratique. Les enjeux pratiques concernant les questions que nous avons évoquées sont, en effet, capitaux. Se penser comme libre, penser qu'un Dieu existe peut donner sens à l'existence et à l'action humaine. Il peut donc être considéré, si l'on suit Kant, que l'existence de Dieu est une vérité moralement nécessaire. Ainsi, la réponse donnée à cette question n'est pas une certitude scientifique mais une certitude morale.


c) Il faut donc distinguer l'ordre pratique et l'ordre théorique. La science est du domaine théorique de la vérité des connaissances. Tandis que du point de vue existentiel, moral, pratique, des questions se posent, qui nécessitent qu'on leur apporte des réponses bien que celles-ci ne puissent être de type scientifique.

Conclusion
Il existe donc bien des questions essentielles (métaphysiques, existentielles, religieuses...), qui ne relèvent pas du régime de réponse scientifique, à commencer certainement par la question que pose le sujet auquel nous venons de répondre !

 

 

 

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