La Philosophie Et La Religion Dissertation

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SUJET : LA RAISON PHILOSOPHIQUE ET LA FOI RELIGIEUSE SONT-ELLES INCOMPATIBLES ?

La religion souffre de nombreux maux ; du fanatisme des uns à l’indolence des autres la foi recueille tous les extrêmes. L’on croit ou l’on ne croit pas, et l’on agit ou l’on n’agit pas selon cette croyance. La religion entend délivrer une vérité, la seule et l’unique recevable en ce monde, mais que l’on ne peut ni affirmer ni infirmer par la raison. Elle est vérité de l’âme et du cœur. Elle appelle plus qu’elle n’interpelle. Elle ordonne plus qu’elle n’interroge. 

Ce sont là des aspects de la religion que l’on indexe bien souvent lorsqu’il est question de la saisir en vis-à-vis de la raison philosophique. Il n’est pourtant pas certain que l’on puisse la cantonner à cela, de même qu’il n’est pas certain que la philosophie ne puisse par endroits emprunter les voies d’une sorte de mystique.

Il nous faut tout d’abord vérifier les attendus d’une incompatibilité de la foi religieuse et de la raison philosophique, arpenter à notre tour quelques unes des figures constitutives de son dogmatisme.

Il nous faut ensuite interroger la croyance et le fait religieux dans ce qu’ils ont de potentiellement philosophique, côtoyer penseurs et théologiens pour qui croire ne suppose pas toute inhibition de réflexion et de remise en question.

Il nous faut enfin repenser sans doute le dualisme de la philosophie et de la religion à l’aune de ceux du rationnel et de l’irrationnel, de la croyance et du savoir, de la réflexion et de la perception.

On peut dire, sans peur d’être contesté par les croyants eux-mêmes, qu’il y a dans la religion la volonté de se constituer en guide. Qu’elle soit polythéiste, animiste ou encore monothéiste, la religion érige des êtres supérieurs censés juger de l’attitude des simples mortels et convenir de leur devenir.

Ce que l’on peut alors stigmatiser c’est cette propension de la religion à déposséder les individus de leurs propres existences. Plus ou moins affirmée selon la religion la position des dieux à l’égard des êtres humains confine à celle du maître face à ses sujets. 

Le dieu et ses représentants (prophètes et chefs religieux de tout ordre) guident mais plus encore montrent le chemin unique, intemporel et universel, que nous sommes sommés de suivre.  

Il est à penser ainsi que la philosophie, en ce qu’elle relève d’une réflexion sur la condition de nos existences sur le principe essentiel de notre propre et seule investigation de celles-ci, se présente comme l’antithèse même de la religion.

Friedrich Nietzsche, prenant la chrétienté pour objet particulier de ses diatribes, voyait dans la religion l’ennemi même de la réalisation de l’être et de ses puissances. Pour lui nous devons nous devons nous laisser aller à l’exploration de ces pulsions et de ces tensions de notre corps et de notre esprit  que voudrait taire le dogmatisme religieux. C’est dans l’expérience vécue, singulière et immédiate, et non dans une vérité universelle et éternelle, que se trouve les potentiels devenirs de l’être. 

Nietzsche proclame ainsi que « Dieu est mort : maintenant nous voulons - que le Surhumain vive ». Nietzsche fait ainsi de l’homme l’égal d’un dieu, capable de lui-même d’analyser et de porter jugement sur ses attitudes et volontés. Le « Surhumain » se détache de cette condition d’animal, de cet être voué à ses pulsions que seul le divin serait, d’après la religion, en mesure de sauver.   

Si la dimension du sacré et de la foi, développée par les religions, s’assimile à une stricte acceptation de leurs enseignements et de leurs interprétations par les instances religieuses, il s’avère en effet que la philosophie s’en fait la valeur antagoniste. 

Pour autant, ça n’est là qu’une perception en définitive elle-même assez dogmatique de la religion. Cette perception relève sans doute de périodes historiques actuelles ou passées - l’Inquisition notamment en ce qui concerne le christianisme – où la confession religieuse se mue en véritable pouvoir, voire despotisme, politique. 

Il convient, afin de nuancer le propos, d’approfondir les différentes approches possibles de la foi religieuse.

Prenons, pour illustrer la proposition d’une certaine compatibilité de la religion et de la philosophie, l’œuvre de Blaise Pascal. Ce philosophe français se réclamait ainsi aussi bien des mathématiques, de la physique, autres champs d’études fortement attachés aux procédures de la raison, que de la théologie et de la foi religieuse.  

Pascal va notamment développer une paradoxale entreprise à l’égard du dualisme de la religion et de la raison. En effet, il décide d’en adopter la position inverse, indexant que les athées rejettent la foi précisément parce qu’ils sont réfractaires à la raison.

Selon lui nous avons une connaissance intuitive du divin, celle-là même qui nous poussent vers des projets incertains comme à la saisie des principes premiers du nombre ou du mouvement. Seule une raison obstinée se refuse à reconnaître sa finitude et ses limites. 

A force de raisonnements Pascal tend à contester la toute puissance de la raison. Jouant le jeu même d’athée ne donnant grâce qu’au pur pragmatisme il va leur proposer ce que l’on nomme « le pari pascalien ».

Celui-ci est en fait un simple calcul de probabilité. Il répond à la formulation suivante : « pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter ». L’homme de raison pariera donc sur la foi qui lui ferait gagner vérité du cœur et vie éternelle. Dès lors, si une telle intuition se révélait trompeuse alors il ne perdrait concrètement rien puisqu’il demeurerait simplement dans le néant qu’il n’a jamais quitté selon l’athéisme.

Que l’on tienne pour judicieuse ou spécieuse la réflexion de Pascal elle n’en demeure pas moins une tentative de concilier la croyance religieuse au raisonnement philosophique, et de fait sous-entre leur potentielle consubstantialité.

 Ce que tout ceci soulève c’est une sorte de philosophie religieuse à travers laquelle l’être humain retrouve une place centrale à l’égard du divin. Il n’y est pas simplement un sujet, il est investigation de sa part du divin. C’est par sa foi, par sa relation à Dieu, que le croyant peut interroger sa condition et les mystères de la révélation. 

Bien qu’il y soit toujours question d’une certaine allégeance aux exigences célestes celles-ci ne se donnent pas comme dogmatiques, établis d’avance, elles demandent un investissement de l’esprit et ne proviennent que de celui-ci.

L e théologien Saint Augustin disait ainsi : « accéder à la béatitude : il n'y a pas d'autre raison de philosopher ». Il n’y a pas ainsi d’ordre divin, impérieux, tout tracé, tout donné ; il y a un appel divin qui nous pousse à dépasser nos petites considérations égocentriques du quotidien. Il y a une interpellation de la raison à ne pas se refermer sur elle-même, à considérer ce qui la dépasse tout en y participant. 

Dès lors que la foi n’est pas assujettie à l’adhésion dogmatique des préceptes religieux, mais investie comme connaissance intuitive de soi, du monde et de leur métaphysiques, dès lors que la philosophie est conduite par une raison qui n’ignore pas ce qui lui échappe, l’une et l’autre peuvent travailler à leurs corrélations. 

On peut dans cette perspective penser que la question du divin dans la religion rejoint celle du principe premier dans la philosophie. Les philosophes antiques à travers les éléments eau, terre, feu, et air ne faisaient déjà rien de moins que de chercher la cause fondamentale du monde. 

Nonobstant chez l’une les questions de concepts et de théorisation, nonobstant chez l’autre le culte et les pratiques sacrées, c’est d’une certaine manière à une même foi en une essence du monde et de l’être que philosophie et religion se consacrent.

Jean-Jacques Rousseau tenait ainsi à distinguer la « religion naturelle » de la religion institutionnelle. Cette dernière n’assimile la foi qu’au respect des lois prodiguées par les instances du pouvoir religieux. La première est quant à elle une expérience intérieure, une inspection de la conscience vers ce qui la fonde et la réalise. La religion c’est alors ici interroger le divin par la nature de sa propre condition.

La foi n’est pas simplement une croyance qui s’oublie dans l’insondable, la raison n’est pas simplement un pragmatisme qui rejette ce qui le dépasse. La foi et la raison peuvent souffrir du même mal, celui de s’ignorer mutuellement. 

La question rhétorique de David Hume traitant l’histoire religieuse comme n’importe qu’elle histoire naturelle, pourrait ainsi tout aussi bien illustrer l’histoire de la philosophie : « En quoi, vous autres mystiques qui affirmez l'incompréhensibilité absolue de la Divinité, différez-vous des sceptiques et des athées, qui prétendent que la cause première de toute chose est inconnue et inintelligible ? »  

La religion est certes attachée à ses dogmatismes et à ses croyances prédéfinies et indiscutables, mais cela ne doit pas nous masquer toute la dimension intellectuelle qui la travaille et l’interroge.

La philosophie est certes attachée à ses enchainements logiques et à l’intelligibilité de ses propositions, mais cela ne doit pas nous masquer toutes les incertitudes et le caractère intuitif qu’elle réclame.

C’est certainement à l’aune de ces pérégrinations toujours à parfaire que foi religieuse et raison philosophique réussiront à nourrir leur compatibilité. 

Éric Rohmer, Conte d’hiver, 1992.


Exemple d’introduction

La religion n’a plus aujourd’hui l’importance qu’elle avait auparavant. D’une part, l’époque contemporaine est marquée par le progrès scientifique et le développement technique, ainsi que par une certaine libéralisation des mœurs. D’autre part, dans la sphère publique, le principe de laïcité prévaut : les croyances religieuses sont reléguées dans la sphère privée, et ne sont donc plus une affaire d’État. Dans ce contexte, les individus ont tendance à délaisser la religion, comme en témoigne, d’une manière générale, le nombre croissant d’athées ou encore d’agnostiques. Faut-il en conclure que la religion appartient à un passé désormais révolu, et que l’homme peut s’en passer ?

Une telle conclusion serait beaucoup trop hâtive pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il faut remarquer que la situation actuelle est une exception historique : aux yeux des anthropologues, la religion apparaît comme une composante essentielle de toute culture humaine. Rajoutons que, si les phénomènes religieux déclinent aujourd’hui, ils ne disparaissent pas pour autant : l’actualité fournit de nombreux exemples qui témoignent, de manière contradictoire, à la fois du déclin de la religion et de son retour. Il faut donc s’interroger pour savoir si l’homme est par nature « un animal religieux ». Est-il prédisposé à nourrir des croyances religieuses ? La religion est-elle essentielle à l’homme ?

Encore faut-il s’entendre sur le mot « religion » : selon l’usage le plus courant du terme, on désigne par religion un ensemble de croyances et de rites, en rapport à une puissance transcendante ou divine. Prise au sens strict, l’idée de religion renvoie donc à l’idée de dieu. On pourrait néanmoins se demander si la religion se réduit à cette croyance en dieu, et si les hommes, à défaut de croire en dieu, n’ont pas toujours certaines croyances.

* * *

Plan possible

1. La religion est essentielle à l’homme

a) La religion comme constante anthropologique. Il est difficile de nier que la religion est un fait humain universel. Au même titre que le langage, elle est l’un des éléments constitutifs de toute culture et de toute société. Cf. par exemple, Bergson: « On trouve dans le passé, on trouverait même aujourd’hui des sociétés humaines qui n’ont ni science, ni art, ni philosophie. Mais il n’y a jamais eu de société sans religion » (Les deux sources de la morale et de la religion, 1932, chapitre II). Certes, il y a des religions : d’une culture à l’autre, les croyances et les pratiques sont très variées. Mais cette diversité ne remet pas en cause l’universalité des phénomènes religieux. La religion apparaît, au cours de l’histoire, comme une constante anthropologique, à tel point qu’on pourrait croire que c’est dans la nature de l’homme d’être religieux. Sans doute est-ce lié au fait que l’homme, contrairement à l’animal, sait qu’il est mortel. Il est conscient de sa finitude.

b) Les fonctions de la religion. cf.Freud, Nouvelles conférences sur la psychanalyse (1915-1917). Si la religion a autant d’importance dans la vie des hommes, c’est parce qu’elle remplit une triple fonction. 1) Une fonction théorique : « elle satisfait la curiosité humaine et c’est d’ailleurs par là qu’elle entre en conflit avec la science ». 2) Une fonction psychologique : elle contribue à « apaiser la crainte de l’homme devant les dangers et les hasards de la vie » et « à lui apporter quelque consolation dans les épreuves ». 3) Une fonction morale et politique : elle « formule des préceptes, des interdictions, des restrictions ». Ainsi, la religion répond aux besoins de l’individu : elle apporte des réponses aux questions qu’il se pose, elle apaise ses peurs, et le guide dans sa vie en lui donnant des repères. Mais elle sert aussi les intérêts de la société : dans la mesure où les individus partagent les mêmes croyances, ils sont à la fois reliés à leur dieu et reliés entre eux ; ils obéissent aux mêmes lois, et craignant une sanction divine, ils ont davantage de scrupules à désobéir.  Grâce à la religion, la société consolide donc son ordre et son unité.

Transition. Mais, même si la religion est l’une des caractéristiques essentielles de l’humanité,  force est de constater qu’elle n’est pas indispensable. Certains individus (les athées et les agnostiques) vivent apparemment très bien sans religion. De même, certaines sociétés (les sociétés modernes) ont, semble-t-il, réussi à s’en passer.

2. On peut concevoir l’humanité sans religion.

a) L’affaiblissement de la fonction théorique, de la fonction politique et de la fonction morale. D’une part, pour répondre aux questions qu’il se pose, l’homme ne se tourne plus vers la religion, mais vers la science. Cf. par exemple, Bertrand Russell : « Entre la science et la religion a eu lieu un conflit prolongé, dont, jusqu’à ces dernières années, la science est invariablement sortie victorieuse » (Science et religion, 1935, chapitre 1). Les résultats de la science ont fini par discréditer la religion. D’autre part, l’homme n’a plus besoin de la religion, ni sur le plan politique, ni sur le plan moral. Dans les démocraties représentatives modernes, le pouvoir politique ne dépend plus de la religion : sa légitimité ne vient plus de dieu, mais du peuple. Du fait des tensions qu’elle peut alimenter au sein de la société civile, la religion tend à devenir une affaire seulement privée : elle n’a plus pour rôle de fonder le lien social. Les sociétés modernes sont très largement sécularisées. Cf.Durkheim : « s’il est une vérité que l’histoire a mise hors de doute, c’est que la religion embrasse une portion de plus en plus petite de la vie sociale » (De la division du travail social, 1893). De même, sur le plan moral, le rôle de la religion est de plus en plus faible : l’homme laisse de moins en moins la religion lui dicter ce qu’il doit faire. On peut concevoir une morale sans fondement religieux. Cf. la morale de Kant et la morale utilitariste de Bentham et Mill. Ces morales, aussi opposées soient-elles par ailleurs, ont un point commun : c’est la raison, et non plus dieu, qui définit désormais le bien, qui énonce le devoir moral.

 b) Vivre sans illusions. Reste la fonction psychologique. Selon Freud, c’est cette fonction qui peut expliquer l’universalité et la permanence de la religion au cours de l’histoire : malgré le progrès scientifique et la sécularisation de la société, les croyances religieuses se maintiennent, parce qu’elles sont des illusions – c’est-à-dire des croyances générées par des désirs : « le secret de leur force est la force de ces désirs » (L’avenir d’une illusion, chapitre VI).  À l’origine de la foi, il y a, selon Freud, la détresse infantile – sentiment d’angoisse éprouvé par tout enfant en bas âge face au monde et à ses dangers – qui fait naître un désir de protection : ce désir, loin de disparaître, persiste à l’âge adulte. L’homme religieux croit en dieu, parce qu’il désire très fortement que celui-ci existe : il a besoin de se sentir protégé.  Or, l’homme n’est pas par nature un être religieux : il peut vivre sans religion ; tout dépend de l’éducation qu’il reçoit. Cf. L’avenir d’une illusion, chapitre IX. Freud envisage une disparation prochaine de la religion : l’humanité peut guérir de sa névrose et apprendre à vivre de manière autonome, en acceptant sa finitude, et sa place dans le monde, aussi difficile soit-il à première vue. La psychanalyse pourrait contribuer à une telle libération.

c) Vers la fin de la religion. Le même espoir est nourri par Marx.  Son interprétation des phénomènes religieux est pourtant différente. Selon lui, ce qui explique le besoin de religion, c’est d’abord l’injustice sociale. Cf. « la religion est  l’opium du peuple » (Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel). Comme la religion est un produit de la société, pour la faire disparaître, il suffirait de changer la société, et en particulier, les rapports économiques et sociaux qui la structurent. Cf.Le capital (1872): « La vie sociale (…) ne sera dégagée du nuage mystique [de la religion] qui en voile l’aspect, que le jour où s’y manifestera l’œuvre d’hommes librement associés, agissant consciemment et maitres de leur propre mouvement social » (Livre I, tome 1, section 1) . En d’autres termes, il faut attendre la révolution.

Transition. On pourrait se demander si les analyses de Marx et de Freud n’ont pas tendance à simplifier le problème et à verser dans l’optimisme.  Elles ont aussi le tort de réduire la religion à des facteurs non-religieux, en l’occurrence, à des causes économico-sociales et psychologiques.

3. Dieu est mort ? Vive Dieu. Les nouvelles formes de religiosité.

 a) Le besoin de croire. « L’homme areligieux à l’état pur est un phénomène plutôt rare… » (Mircéa Eliade). Si les hommes accordent de moins en moins d’importance aux religions traditionnelles, il n’en demeure pas moins qu’ils conservent certaines croyances, parfois, à leur insu. Les athées sont des croyants qui s’ignorent. Peu importe ce qu’on croit, tant qu’on croit : à défaut de croire en dieu, on peut croire, par exemple, à la science, à la démocratie ou encore à l’argent et au travail. Si « dieu est mort », pour reprendre la formule de Nietzsche, d’autres objets ont pris sa place. Cf. Le gai savoir, § 347 : « Les croyants et leur besoin de croyance ».

b) La religion est une hydre. On pourrait se demander si toute tentative pour sortir de la religion ne conduit pas à la mise en place d’une nouvelle religion. Selon Jacques Ellul (Islam et judéo-christianisme, 2004), rien ne peut détruire la religion, car « ce qui la met en question est aussitôt promu à sa place et objet d’une croyance religieuse à son tour. (…) La puissance qui désacralise, un lieu, un conseil, une religion, est aussitôt à son tour sacralisée. Il en est exactement de même pour tout ce qui prétend détruire une croyance. La force destructrice devient aussitôt l’objet de la croyance » (cité par Jacques Bouveresse, dans son livre Peut-on ne pas croire ? Sur la vérité, la croyance et la foi, 2007, p.195-196). Freud, dans le dernier chapitre de L’avenir d’une illusion, développe une analyse semblable : pour se débarrasser de la religion, il faudrait quelque chose qui finirait par s’apparenter à une religion. Les rationalistes athées vénèrent leur propre dieu – le  « dieu Logos » (chapitre X).

c) Sortie de la religion et permanence du religieux. Un fait est, certes, indéniable : la religion n’est plus au fondement de la société. Il y a néanmoins une religion, en quelque sorte, « résiduelle », chez les individus, car les préoccupations spirituelles et les interrogations métaphysiques n’ont pas disparu. Cf. Marcel Gauchet : « La religion considérée comme proposition sur l’invisible, sur un autre ordre de réalité que celui qui est immédiatement accessible, n’a aucune raison de disparaître parce qu’elle a ses racines dans la structure de l’esprit humain ; il y aura toujours des gens religieux » (La condition historique, 2003, p.308-309). Si l’homme peut se passer de religion au sens strict, il ne peut pas se passer de spiritualité : à titre individuel, il continuera à croire.

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